« Vipère au poing » d’Hervé Bazin
Le Lucernaire nous offre actuellement une magnifique adaptation de l’oeuvre d’Hervé Bazin, Vipère au poing, mise en scène par Victoria Ribeiro. Cette oeuvre qui traversa les générations, trouve sa force dans le fait qu’elle ne s’inscrit pas dans la morale et l’éthique naturelle des relations filiales. Elle creuse un sillon emprunté par certains, comme Elisabeth Badinter, dénonçant le mythe de l’amour maternel.Â
Aurélien Houver, dans ce solo, se démultiplie à l’envi pour nous représenter le cadre de cette famille singulière, les Rezeau. Vivant dans leur demeure familiale quelque peu en déclin, La belle Angerie, Hervé Bazin, nous tisse en cette année 1922, le portrait d’une famille bourgeoise qui compte 3 enfants : Ferdinand, le plus âgé, Marcel, le cadet et Jean, le narrateur. Le père, personnage falot est balayé par sa femme, autoritaire et dominatrice. Accompagné d’un prélat qui change aussi souvent que les saisons, Jean découvre l’étendue de la sévérité et la méchanceté de sa mère. Cette histoire est marquée par les surnoms attribués à chaque membre de cette tribu comme autant de renoncement aux relations naturelles familiales creusant un fossé entre les parents et les enfants. Ainsi Mme Rezeau devient Folcoche, Ferdinand, Chiffe et Jean, Brasse- Bouillon.
A travers ce récit, Aurélien Houver nous compte les vicissitudes de ces luttes intestines qui marquèrent la vie de ces enfants et de leur mère. La scénographie, composée de tableaux noirs rappelant l’enfance, s’avère efficace en titillant l’imagination des spectateurs. Aurélien Houver croque avec sagacité et humour les personnages de cette histoire. Dans son récit énergique et pétri d’humour, tout à tour narrateur ou interprète Brasse-Bouillon, nous poussent à devenir les témoins des scènes qu’il relate.
La conclusion de cette histoire constitue une victoire à la Pyrrhus pour Brasse-Bouillon. De cette guerre qu’il mena contre Folcoche, il n’en reste qu’un sentiment amer, celle de la méchanceté intrinsèque de Folcoche qui a finalement déteint sur lui. Se pensant libre, il devient paradoxalement prisonnier de sa propre incarnation. Victoria Ribeiro et Aurélien Houver nous livrent un magnifique spectacle, sous forme d’hommage rendu à la plume d’Hervé Bazin
Laurent Schteiner.

« Vipère au poing » de Hervé Bazin
Mise en scène : Victoria Ribeiro
avec Aurélien Houver
- Lumières Idalio Guerreiro
- Costumes Corine Rossi
- Décor Antoine Milan
- Copyright Ben Dumas
Lucernaire
53 rue ND des Champs
75006 Paris
Tel 01 45 44 77 34
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Jusqu’au 25 mai du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h30